Vieillesse et précarité : une bombe à retardement.

Libération 8 septembre 1998

Les démunis âgés sont nombreux, et le silence du monde politique assourdissant.

L’assemblée nationale a adopté à l’unanimité, le 14 janvier, une proposition de loi en faveur des chômeurs de plus de 60 ans. Le projet doit permettre à quelques milliers de chômeurs ayant cotisé pendant quarante ans de partir à la retraite avant l’âge fatidique.
Le monde politique serait-il en train de découvrir que les chômeurs, eux aussi, vieillissent ? Pas sûr. Car, sur le vieillissement de la population en situation de précarité, il n’existe aucune analyse prévisionnelle. Comme si le papy-boom qui débutera en l’an 2005, ne concernait pas cette population. Aurait-on le cynisme de penser que la misère aura fait son œuvre avant que ne se pose les conséquences de l’allongement de la vie : le handicap et la dépendance. Ou nos hommes politiques préfèrent-ils simplement ignorer les conséquences économiques et humaines d’un problème qui les dépasse ?
On estime actuellement à quatre ou cinq millions le nombre de personnes en situation de précarité. Sans compter toutes celles et tous ceux qui, pour avoir subi la crise à un moment ou à un autre de leur vie, se retrouveront après leur retraite avec des revenus qui ne leur permettront certainement pas de se payer un jour un établissement d’accueil. Les places sont actuellement insuffisantes et, surtout, les structures de long séjour, plus en plus médicalisées, coûtent de plus en plus cher. Sans recherche de nouvelles solutions, les collectivités locales seront dans l’incapacité de payer.
La loi de 1975, qui avait prévu la disparition des 220.000 lits d’hospices en dix ans n’a toujours pas été totalement appliquée. Aujourd’hui il en persiste environ 20.000, et certains de ces établissements ont été transformés en hôpitaux de long séjour ou en maisons de retraite publiques avec un minimum de frais. Face à un tel sujet de société, on pourrait s’attendre à un vaste débat, à la recherche de solutions moins onéreuses et plus humaines, bref à une étude du phénomène, ne serait-ce que pour des questions bassement économiques. Eh non ! L’ampleur du problème n’a d’égale que l’intensité du silence du monde politique, toutes tendances confondues.
Alors un jour, dans dix ou quinze ans, va-t-on, en catastrophe ouvrir de nouveaux établissements avec des grandes salles communes sentant la pisse, la désolation et la mort ? Va-t-on rouvrir les hospices ? Après tout, ce n’est que pour une population qui, à la fin du XX ème siècle, vivait déjà dans la rue et la misère. Alors…


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